Le télétravail a été cette année un sujet particulièrement au fait de l’actualité. Et comme le e-commerce ou le e-learning, celui-ci a subi un bashing en bonne et due forme. ” Le plombier !! vous croyez qu’il peut télétravailler ??!!” et le président du MEDEF de parler de “gueule de bois du télétravail”.

Ces attaques trouvent le même fondement que le Amazon bashing dont nous parlions récemment (Amazon, qui a peur du grand méchant loup ? ).

Revenons à notre plombier. Qui aurait l’idée de demander à un plombier de télétravailler ? Personne.
Ça tombe bien car personne ne demande au plombier de télétravailler. Est-ce donc une raison d’empêcher les gens de télétravailler ?

La France a sacrifié son industrie au profit du tertiaire et de ce fait de nombreuses fonctions se font devant un ordinateur dans un bureau ou en Open Space avec un casque sur la tête. Quelle relation les gens ont avec leurs collègues ? Aucune ou très informelle dans beaucoup de cas. Mais surtout est ce que la technologie nous empêche de communiquer ? Smartphone, mails, visio en tout genre ne permettent-elles pas de communiquer?

Le télétravail pose des questions que personne ne veut se poser.

1/ Quid des trajets domicile-travail de plus en plus long ?

2/ Les managers ont-ils peur du changement ?

3/ Remise en cause de notre modèle de société ?

1/ Les trajets domicile-travail booster du télétravail.

Un argument qui n’est jamais évoqué et qui fait partie de notre société, est le trajet domicile-travail. Celui-ci est de plus en plus long.

L’évolution du prix de l’immobilier, surtout à Paris, a repoussé les gens de plus en plus loin des métropoles. Ce constat n’est pas nouveau. Il a eu pour effet d’allonger le temps pour se rendre à son travail et bien entendu on oublie le trajet retour. La pénitence est toujours multipliée par deux.
Le temps mais aussi le confort qui se dégrade. Transport en commun bondé, en retard, grèves. Ce phénomène est à son comble en région parisienne, mais peut aussi se rencontrer en province avec de longs trajets en voiture. Autre phénomène est le transfert immobiliers des entreprises que l’on s’amuse à déménager au gré des projets immobilier. Réimplantation en périphérie et malheur à ceux qui n’habitent pas du bon côté de la ville.

La conséquence est que les salariés arrivent fatigués avant même d’avoir commencé à travailler, quand il n’arrive pas en retard fréquemment.

Cette problématique semble ne gêner personne. Les salariés souffrent de cette situation. De cette souffrance, je ne pense pas que l’entreprise puisse en extraire une plus value.

Mais, si l’on télétravaille dans de mauvaises conditions me direz-vous. Manque de place, présence des enfants. Nous ne pourrons pas travailler pleinement non plus. Rappelons le plombier ! C’est parce que le plombier ne peut pas télétravailler que personne ne peut télétravailler ? Non.

Donc soyons clair. Le télétravail ce n’est pas 100% des salariés et 100% du temps ce qui ne veut pas dire que nous devons être à 0% non plus et jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les solutions sont multiples là aussi. Télétravail partiel, rejoindre un espace de co-working proche de chez soi.

Cette volonté de décourager le télétravail peut aussi s’expliquer par une volonté de statu quo de la part des managers.

2/ Les managers réticents au changement ?

Le télétravail peut faire peur aux managers. La disparition du présentiel remet en cause leur position. Perte du rôle d’encadrement et du contrôle du travail. Comme si la présence d’un individu justifiait à elle toute seule son efficience. Une fois de plus la technologie permet non pas de contrôler (encore que ! mais c’est plus ou moins légal) mais de se rendre compte du travail effectuer ou non. Comment expliquer qu’un manager puisse travailler de New York avec ses équipes de Berlin et Singapour alors que ça ne serait pas possible entre La Défense et Brie-Comte-Robert.

Pour cela il faut se digitaliser , revoir les méthodes de management, en un mot se remettre en question. Vous avez dans bon nombre d’entreprises des managers qui ne souhaitent pas ce changement. Refuser de changer, c’est tout simplement mourir tôt ou tard.

Admettons que pour des raisons de confort 60% de votre effectif souhaite plus ou moins de télétravail. Dans ces 60% , bon nombre font partie des meilleurs éléments et des compétences les plus essentielles. Vous refusez. Certains de vos concurrents proposent ces postes en télétravail. Vous verrez vos salariés rejoindre ces entreprises à votre dépend.

Etre réticent au télétravail, c’est ne pas voir non plus l’Intelligence Artificielle qui arrive ou la Réalité Virtuelle. Voir les économies réalisées, moins de frais de bureau. Cela oblige également à revoir le rôle des rencontres physiques. Elles se doivent d’être plus qualititatives. Fini la “réunionite aigue”. Nous devons aller vers de l’efficience et la méthode Agile confirme cette position.

La pandémie a juste fait émergé des situations enfouies au plus profond de la société.

3/ Remise en cause de notre modèle de société.

Le télétravail a gagné au moins une bataille. Faire réagir . Certaines réactions le prouvent, notamment en Allemagne où l’on veut créer une taxe sur le télétravail pour stopper l’expansion.
https://zevillage.net/future-of-work/taxe-teletravail-deutsche-bank/.

Remise en cause économique car les immeubles de bureau vont entrainer certaines foncières dans des difficultés.
Tout un écosystème proche des pouvoirs politiques et financiers ne voit pas d’un très bon œil cette nouvelle organisation. Ça ne devait pas se passer comme ça. Immobilier de bureau et immobilier commercial devaient aller de pair pour engranger les profits.

Le télétravail remet en cause le centralisme parisien, le rôle de la métropole, le rôle du manager, l’accès à l’information. Avec le télétravail, le salarié se rend compte que l’entreprise c’est lui en prenant plus d’autonomie.
Le télétravail, c’est la fin d’une certaine forme de maîtrise de l’ancien monde.

Xavier de Mazenod souligne cette réticence dans un article: https://zevillage.net/teletravail/resistance-au-teletravail-cest-quoi-ce-binz/.
Il souligne un état d’esprit que l’on peut comprendre à mon sens dans la persévérance d’une vision judéo-chrétienne du travail simpliste voire pervertie où le travail doit être souffrance. Et pourtant si l’on suit les travaux de la philosophe chrétienne Simone Weil le travail possède une spiritualité et le management doit être revu pour favoriser la collaboration et non l’autoritarisme.

Autoritarisme qui s’applique dans le cas de l’opposition au télétravail qui a pour conséquence d’alimenter la pandémie comme Xavier de Mazenod le souligne.

Le télétravail a pour conséquence, toute relative pour le moment en France, de créer un exode urbain. Les français reprenne possession de leur territoire, ce qui pose la question de l’aménagement de ce dernier. Ce phénomène avait déjà eu lieu avec le développement corrélatif du TGV et de certaines villes de province.

Bernard Vachon professeur d’Université à Montréal explique ce phénomène d’accélérateur de l’exode urbain au Québec. Il parle de remise en cause de l’idéologie de métropolisation au profit d’un modèle multipolaire de développement territorial.
https://zevillage.net/teletravail/le-teletravail-accelerateur-de-lexode-urbain-au-quebec/

Cette remise en cause qui semble anodine voire même bénéfique pour certains en dérange d’autres. Le télétravail au même titre qu’Amazon ne sont que des symboles d’un monde qui change. Quelque soit l’époque, ceux qui dominent n’apprécient pas que leur organisation leur échappent, mais le plus dérangeant c’est de voir les leaders d’hier ne pas vouloir ou savoir s’adapter. Ainsi, leur aura se transforme en médiocrité.