Le développement de l’Intelligence artificielle s’accentue et s’accompagne de menaces sur l’emploi. Ce constat crée une nouvelle fois chez certains, une crispation sur le développement des nouvelles technologies. A cette crispation, une autre voix se fait entendre, celle des optimistes qui brandissent la “destruction créatrice” de l’économiste autrichien Joseph Alois Schumpeter. Qui croire dans ce contexte?

 Dans un premier temps, la réalité est implacable l’IA va détruire des emplois. Elle ne fait que répéter le phénomène d’automatisation de l’industrie mais cette fois-ci dans le tertiaire (caissière, comptable … ). A l’inverse l’IA crée des emplois car celle-ci n’est ni intelligente, ni artificielle. L’IA est en fait un ensemble de données géré par des algorithmes, qui sont tous les deux générés par des hommes. Les offres d’emploi de Data Analyst ou Data Scientist devraient se développer. J’emploie le conditionnel à dessein. Car le processus de destruction créatrice qui doit changer les emplois d’hier en emploi de demain comme l’alchimiste le plomb en or n’est pas si automatique que l’on veut bien le dire.

 Au début du XXe siècle, on pouvait transformer l’allumeur de réverbères à gaz très rapidement en poseur de câbles électriques pour alimenter ces derniers avec la fée électricité. Il sera plus difficile d’amener la caissière de supermarché à un poste de Data Scientist. Personne ne veut réaliser ce genre de métamorphose me direz vous. Et c’est bien là où est le nœud du problème. Car, on nous parle de métiers de demain qui pour le moment ne sont pas interchangeables avec les compétences actuelles des salariés , voire qui n’existent pas encore. Et si ces métiers n’existent pas encore ; comment pouvoir former à ces derniers? 

 Aujourd’hui, les réfractaires au progrès ne le sont pas pour des raisons obscures alimentées par le manque d’instruction mais par le manque de perspectives. On parle de nouveaux métiers, mais on est incapable de nous dire lesquels . Et quand ils existent, l’utilisation de termes anglo-américain plus ou moins bien compris et traduits rend leur appréhension encore plus compliquée. Nous avons vu apparaître le développeur Full Stack sans savoir vraiment ce qui se cachait derrière cette appellation et qui souffrait surtout d’une traduction approximative de l’anglais version US. Le webmaster, le community manager apparaissent et disparaissent  au gré des modes. 

 Si l’on ajoute à cela, le manque de compétences et de conscience des décideurs, nous ne pouvons pas espérer que cette transition technologique se passe sous les meilleures hospices.

Nicolas Bouzou dans un article: Karl Marx, deux cents plus tard nous avertit que la société devra intégrer ceux qui ne bénéficient pas spontanément de l’innovation entre autre. L’effort doit se faire au niveau de l’éducation et de la formation continue. Pas seulement sur une catégorie de personne mais sur l’ensemble de la population au risque de se retrouver confronté à de graves troubles sociaux.

La formation n’est pas la solution miracle, car elle doit être continue, adaptée et adaptable. En effet, si auparavant des compétences avaient une durée d’employabilité de trente ans aujourd’hui elle ne dépasse pas cinq ans. Pour avoir vécu la situation, il est difficile de faire comprendre à des stagiaires que ce qu’ils apprennent sera obsolète l’année prochaine.

Nous savons que le numérique et l’IA vont détruire, il est temps de savoir ce que nous allons créer.